texte: Philippe HUET photos : Martine PRUNEVIEILLE



C’est un bateau unique qui file sans bruit au milieu du fleuve sacré : la dahabeya est amarrée sous les filaos qui bordent l'île des Crocodiles, près de Louxor. Parmi les palmiers, les champs de canne à sucre et les petits carrés de terre où les Égyptiens cultivent leurs légumes, le grand bateau bleu et blanc paresse sous le soleil du petit matin. Mohamed, le capitaine, s'affaire sur le pont, largue bientôt les amarres et hisse les voiles. La dahabeya quitte son île pour se glisser au milieu du Nil en mettant le cap sur Assouan.

Remonter lentement le temps

Le bateau navigue au rythme lent du fleuve, s'arrêtant çà et là au gré des rencontres : quelques pas sur une île déserte uniquement peuplée par des troupeaux d'ânes et de chèvres, de chaleureuses poignées de main avec les pêcheurs qui vous proposent les fameuses perches du Nil, des saluts amicaux, de loin, aux femmes qui lavent leur linge.
Autrefois, les dahabeyas servaient à transporter confortablement voyageurs et bagages entre Alexandrie, Le Caire, Assouan, et même Abou Simbel, quelques centaines de kilomètres plus au sud.
Princes et princesses, dignitaires du royaume, riches touristes étrangers, tous possédaient leur propre dahabeya, Lors de sa venue en Égypte, Bonaparte avait la sienne, et bien des Français célèbres, au cours de leurs voyages au pays des pharaons, en ont utilisé une: Flaubert, Rimbaud, Champollion, Maxime Du Camp, etc.
Didier Caille, le propriétaire de cette dahabeya baptisée VivantDenon (du nom du graveur et écrivain français Dominique Vivant Denon, qui participa à l'expédition égyptienne de Bonaparte et fut par la suite nommé directeur général des Musées), est tombé il y a quelques années sous le charme de ces élégantes embarcations à voiles
dont il ne reste plus aujourd'hui en Égypte que trois exemplaires, Le Vivant Denon croupissait au bord du fleuve lorsqu'il le racheta pour le restaurer suivant les plans de l'époque: deux cabines doubles et deux simples, et un carré central. Le tout dans une ambiance très orientale, avec des sofas blancs, des boiseries lasurées et de nombreux objets égyptiens.
Le grand pont de bois est une immense terrasse recouverte d'un dais. On y sert tous les repas préparés par Ali, le cuisinier du bord, qui n'a pas son pareil pour préparer les tagines au poulet, les courgettes frite et les mâchis, mosaïques de petits légumes farcis. On y paresse toute la journée en regardant défiler ces paysages de légende qui jalonnent le parcours, de Louxor à Assouan.
En revenant d'Assouan, les rencontres avec les fellahs égyptiens ne sont pas rares : même si c'est un bateau que l'on ne voit plus guère naviguer sur le Nil, ils sentent et savent que la dahabeya fait partie de leur histoire, de leur patrimoine, Surtout, elle ne ressemble pas aux embarcations habituelles des touristes. Alors, quand vous accostez, le dialogue s'engage, les questions fusent... Et soudain, remonter le Nil, c'est comme remonter le temps.

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