UN RÊVE AU FIL DE L'EAU
texte: Philipe HUET




C'est une croisière de pacha sur un bateau d'exception, une dahabeya. Construite au XIXe siècle et restaurée avec goût par un Français passionné, elle vous fait découvrir la Haute-Égypte, de Louxor à Assouan, en passant par la campagne égyptienne. Magique et envoûtant.

Du haut des minarets, les muezzins en finissent avec la dernière prière du soir tandis qu'un soleil brûlant embrase l'horizon. La longue soirée égyptienne commence. Mohamed, le capitaine de la dahabeya, sangle les voiles le long du grand mât. Ali, le cuisinier, toujours impeccable dans sa galabieh blanche, apporte les olives et les poivrons marinés et les pose sur le plateau de cuivre de la table basse. L'air est tiède, la nuit étincelante et silencieuse. La dahabeya s'endort, amarrée, sous les grands arbres qui bordent l'île des Crocodiles, tout près de Louxor. Les deux compères égyptiens vous initient alors à la chicha : du tabac doux et fruité se consume dans une coupelle en cuivre, la fumée passe par un tuyau puis dans l'eau et donne une agréable sensation de fraîcheur. Le soleil commence à enflammer la vallée des Rois, juste sur l'autre rive. Voyageur d'un autre temps, on apprécie la douceur d'un jus d'oranges fraîches au petit matin, tandis que Mohamed et son équipage larguent les amarres et hissent les grandes voiles blanches.

Croisière princière

Notre embarcation s'éloigne de la berge, glisse en remontant le courant au beau milieu du fleuve sacré : direction Assouan. Une croisière sur le Nil en dahabeya est un vrai rêve. On navigue à son rythme, on s'arrête où on veut et quand on veut, au hasard des rencontres : un jeune pêcheur qui vend son poisson, un village à visiter, une halte au milieu de la douce campagne égyptienne... Au XIXe siècle, les dahabeyas transportaient princes et princesses, pachas, hauts dignitaires et amateurs de voyages, entre Alexandrie, Le Caire, Assouan, et Abou Simbel. Il n'en reste plus que trois en état de marche. Alors que celle-ci croupissait sur les bords du fleuve, Didier Caille, son propriétaire, la rachète puis la restaure. C'est aujourd'hui un vrai bateau de collection : deux cabines doubles et deux simples, un carré central agrémenté de sofas et d'une multitude de fenêtres d'où l'on peut suivre le fil du fleuve sacré et, au?dessus, une immense terrasse surmontée d'un dais, où l'on sert tous les repas. D'escale en escale, on y passe une bonne partie de la journée à paresser. Un après-midi, Ali et Mohamed vous invitent à une partie de jacquet (proche du backgammon). C'est le moment d'apprendre quelques mots d'arabe, très utiles pour marchander dans le souk.

Les merveilles de la dahabeya

La vie à bord est délicieuse, et Ali fait merveille en cuisine: succulentes tajines au boeuf, aubergines et mâchis, feuilles de choux à la coriandre roulées et farcies avec du riz et de la viande, tilapias, petits poissons plats que l'on mange frits, farcis à l'ail et aux épices, loukoums, aux amandes ou à la pistache, kunafas, cheveux d'ange aux amandes et au miel... Après Louxor, la dahabeya fait halte devant toutes les merveilles qui jalonnent les rives du Nil : Esna et son temple dédié à Khnoum, dieu à tête de bélier, Edfou et le grand temple d'Horus, Kôm Ombo et ses crocodiles sculptés. Quelques jours plus tard, le bateau arrive à Assouan. On descend alors acheter épices et souvenirs dans l'extraordinaire souk plein de couleurs, de bruits, de senteurs soufrées. Deux jours plus tard, la dahabeya se paie le " luxe " d'un passage devant Louxor et ses temples. Toutes voiles dehors, le bateau retrouve une seconde jeunesse, voguant allègrement sur les eaux du grand fleuve, puis s'immobilisant le long de son île, sous les grands filaos, ces arbres tropicaux, comme il y a plus d'un siècle.

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