Une dahabeya en 1908.
Une dahabeya en 1908.

La Vivant Denon en 1998.
La Vivant Denon en 1998.



Les ''Dahabeyas'' sont des bateaux propres à l'Égypte, qui jusqu'à l'apparition des bateaux à vapeur ont été les seuls moyens de locomotion de toute personne désirant faire un voyage sur le Nil.
Depuis les temps les plus reculés, on ne pouvait concevoir un déplacement en Égypte que par bateau, les crues du Nil empêchant d'établir un vrai système de routes longeant le fleuve. Les Dieux mêmes ne sont représentés que sur des barques dans leurs images cosmiques. La barque solaire de Kheops (IIIe millénaire av JC) est certainement la première forme de ''Dahabeya'' connue.
En fait, la forme actuelle de cette sorte de bateau sera banalisée à l'époque de Strabon (chap. 16) : il nous parle du quartier de ''Schédia'' possédant la station des ''Thalamèges''. ''Thalamege'' vient du Grec ''contenant un appartement''. Bâties sur le modèle des bateaux de guerre, elles étaient aménagées de ''chambres'' pour les parties de campagne et les voyages de luxe (traction à voiles, à rames et halage). Dès la main mise de Rome sur l'Égypte, les Thalamèges seront les véhicules parfaits des préfets romains puis byzantins puis, enfin, des administrateurs arabes, elles s'appelleront désormais ''Dahabeya''.
Au XVIIIe siècle, Bonaparte débarquant à Alexandrie (le 1er Juillet 1798) trouvera sur le Nil ce même genre de bateau. On a même décrit toutes ces familles mameluques, attendant le résultat de la bataille des pyramides, réfugiées sur leurs ''Dahabeyas'', observant les heurs et malheurs de leurs cavaliers. La défaite allait provoquer un incendie volontaire de toutes ces embarcations, brûlant au milieu du Nil avec leurs trésors, leurs occupants s'étant enfuis. Bonaparte aura sa propre dahabeya. A cette époque, le mot français pour désigner ces bateaux était ''djerme''. Celle de Bonaparte s'appelait ''Italie''. Luxueusement aménagée, il l'offrira à Desaix pour son expédition en haute Égypte.
Enfin, au XIXe siècle le mot ''dahabeya'' se traduira par ''cange'' par les premiers voyageurs (Mr de Forbin, Champollion , Flaubert, Maxime Ducamp etc...). Lady Edwards habitera longtemps une dahabeya sur laquelle elle installera son piano.
Puis elles seront indispensables au tourisme de l'élite du dernier siècle ; élite car il fallait disposer de temps pour remonter le Nil à la voile en 2 ou 3 mois et le redescendre avec le courant pendant 1 mois et demi, les visites des temples se faisant à ce moment là. Elles disparaîtront avec l'exploitation des bateaux à vapeur, ceux-ci pouvant transporter, alors, des quantités de ''cookies'' (Thomas Cook) bien plus intéressantes. Le train les achèvera ! Elles ont été abandonnées, pourrissantes, aux abords des grandes villes, puis elles disparurent à l'exception de 3 ou 4 en très mauvais état. De celles-ci, deux furent restaurées par deux Français, Alain Fouquet Abrial et Didier Caille.
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